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My Summer of Love

Disponible à la vente
Disponible également en Blu-ray, Film

Synopsis

"Pawel Pawlikowski parvient, avec beaucoup de sensibilité, à retranscrire les sentiments exacerbés qui habitent ces jeunes filles en fleur aux portes du monde adulte. Une réussite qui tient en grande partie à la prestation des deux comédiennes." (Studio)
Mona, 16 ans, vit seule avec son frère aîné Phil dans un village du Yorkshire. Entre ses aventures sans lendemain et ce frère en pleine crise mystique, elle s’ennuie ferme. Les choses changent le jour où elle rencontre Tamsin, jolie jeune fille de bonne famille, un peu sombre et rebelle. Tamsin fascine aussitôt Mona qui, troublée, entrevoit immédiatement de nouvelles perspectives d’avenir.

Format: 16/9 Anamorphique
Durée: 86 min.
Sous-Titres: Français, Nederlands
Pays: France
Année: 2005
Edition : Standard
Zone 2
Format de disque: 1 X DVD-9
Bonus: "LAST RESORT": Film inédit de Pawel Pavlikowski + Scènes coupées + Bande-annonce

Tag: Adolescence, Homosexualité, Religion, Comédie dramatique

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Devant la caméraNatalie Press (Mona)

“La relation entre Tamsin et Mona est fondée sur le besoin. Tamsin a vraiment besoin d’une complice, de quelqu’un qui la comprenne – d’une âme sœur. Elles me font un peu penser à Roméo et Juliette dans la mesure où elles ne devraient pas se rencontrer car elles sont issues d’univers trop éloignés l’un de l’autre – mais elles se rencontrent quand même et elles tombent amoureuses l’une de l’autre. Mona trouve chez cette fille mystérieuse et fascinante du réconfort et des sensations fortes.” My Summer of Love marque les débuts de Natalie Press au cinéma. Elle a remporté un prix au festival de Stockholm en 2003 pour sa prestation dans le court métrage Waspd’Andrea Arnold – qui a également obtenu le prix du meilleur court métrage et du meilleur comédien au festival de Majorque cette année. On la retrouvera bientôt dans Animal de Roselyne Bosch.

Emily Blunt (Tamsin)

“Emily vit dans sa tête. C’est une vraie fantaisiste et, bien qu’elle aime s’imaginer des choses dangereuses et extravagantes, elle est un peu lâche et n’oserait pas les vivre réellement sans Mona. Quand elles se retrouvent ensemble, elles forment un tandem détonant qui donne libre cours à leurs désirs les plus profonds.” My Summer of Love marque également les débuts d’Emily Blunt au cinéma. Elle a récemment interprété le rôle de Catherine Howard dans la mini-série Henry VIII de la chaîne ITV et a joué aux côtés d’Alex Kington dans Boudica de Bill Anderson, sur un scénario d’Andrew Davies. Elle a participé à la mini-série Empire pour HBO. On la retrouvera prochainement dans Irrésistible d’Ann Turner aux côtés de Susan Sarrandon et Sam Neill.

Paddy Considine (Phil)

“Phil est convaincu que le Christ lui a confié la mission de purifier le pub où il travaille et d’en faire un lieu spirituel pour les gens souhaitant s’initier au christianisme. Il connaît de véritables bouleversements dans sa vie.” A l’affiche du précédent film de Pawel Pawlikowski, Transit Palace, Paddy Considine a récemment été l’interprète de In America de Jim Sheridan et du court métrage My Wrongs 8245-8249 and 117 de Chris Morris, qui a remporté un BAFTA. On a également pu le voir dans 24 Hour Party People de Michael Winterbottom et dans A Room for Romeo Brass de Shane Meadows. On le retrouvera bientôt dans Dead Man’s Shoes, également réalisé par Shane Meadows, et dans The Cinderella Man de Ron Howard, aux côtés de Russell Crowe et de Renee Zellweger.

Entretien avec Pawel PawlikowskiQuelle a été votre principale source d’inspiration pour My Summer of Love?

Le film est une libre adaptation du roman My Summer of Loved’Helen Cross, dont les deux personnages féminins Mona et Tamsin, m’ont immédiatement attiré. Tout particulièrement Mona qui est cynique, fantasque, drôle, imprévisible, constamment en conflit avec le monde et avec elle-même ; tout ce que j’aime. Une autre rencontre m’a inspiré : j’ai fait la connaissance de “Born Again Christians” – des “évangélistes” – alors que je tournais un documentaire en 1987 dans le Lancashire sur un prêtre évangéliste qui cherchait à planter une croix au sommet de Pendle Hill, là même où des sorcières furent pendues au XVII e siècle pour avoir revendiqué leur christianisme. Je ne les ai jamais oubliés.

Le scénario est-il extrêmement fidèle au roman?

J’ai surtout gardé les deux protagonistes féminines. Il y a bien plus de personnages et d’intrigues secondaires dans le roman. Par exemple, Mona est entourée d’une véritable famille : un père, une bellemère, une sœur aînée avec les pieds sur terre, et un demi-frère obèse. Le pub qu’ils fréquentent est très animé, et typique d’un pub du nord de l’Angleterre, avec sa galerie de portraits hauts en couleurs. On trouve aussi un personnage de pédophile répugnant qui poursuit Mona de ses assiduités. Deux meurtres sont commis et toute l’action se déroule dans le contexte de la grande grève des mineurs, en 1984. Sans oublier une sorte de Jack l’Eventreur s’en prenant aux jeunes filles et terrorisant la population. Je n’ai retenu aucun de ces éléments dans le film. Le livre a donc un arrière-plan sociologique évident. Le monde décrit dans le film est bien plus dépouillé, à la limite de l’abstraction. J’ai cherché à raconter l’histoire de manière visuelle et à créer un environnement atemporel et resserré sur un petit nombre de personnages, un environnement où le genre d’émotions qui m’intéressent peuvent affleurer, où un personnage peut devenir obnubilé par un autre personnage, d’un simple regard. Je ne voulais surtout pas tourner l’un de ces fameux “drames naturalistes” qui sont censés évoquer de manière réaliste l’Angleterre ou les jeunes d’aujourd’hui, ce qui ne m’intéresse guère.

Dans quelle direction avez vous développé l’intrigue?

L’essentiel tournait autour de la relation aussi dense que passionnelle entre les deux jeunes filles – à laquelle j’ai ajouté le personnage de Phil, le frère de Mona devenu très religieux et qui pense trouver ainsi son salut. Le frère et la sœur ont des points communs – ils ont tous deux besoin de s’abîmer dans quelque chose qui les dépasse – mais se retrouvent soudain dressés l’un contre l’autre. Je ne suis pas anglais et le genre de personnages qui peuplent mon imaginaire ne sont pas forcément britanniques non plus. Si je disposais d’une totale marge de manœuvre, je tournerais sans doute des films en polonais ou en russe, mais comme c’est impossible, je suis sans cesse en quête de personnages et d’histoires propres à un univers anglophone, mais qui me parlent à moi aussi. Ce n’est pas simple. En Grande-Bretagne, les gens ont un sens du ridicule exacerbé. Ils savent où est leur place” dès leur plus jeune âge et ont tendance à s’abriter derrière des normes établies et à se protéger en faisant preuve d’une ironie faussement décontractée. Dès qu’on se montre un rien passionné ou qu’on a des sentiments profonds dans ce pays, on a l’air ridicule.

Comment avez-vous choisi les principaux interprètes?

Paddy Considine était extraordinaire dans Transit Palace. Mais je savais qu’il possédait d’autres qualités que je n’avais pas encore explorées. Lorsque j’ai eu l’idée du frère de Mona, devenu “Born Again Christian”, j’ai aussitôt pensé à lui parce que c’est un acteur capable de déployer une énergie formidable. Il sait adapter son corps et son esprit aux besoins du rôle. En plus, il est très doué pour évoluer dans une réalité autre que la sienne. Pour trouver Mona, nous avons passé plusieurs mois à auditionner des jeunes comédiennes et des non professionnelles. Je ne voulais pas d’une actrice connue. Je ne voulais que des interprètes inconnus du grand public. Nous nous sommes rendus à Leeds et à Manchester où nous avons vu des centaines de filles. Je crois bien que j’espérais dénicher une vraie fille du Yorkshire, très pragmatique, tout en sachant exprimer toutes sortes d’émotions. C’était une véritable gageure. Mais comme il s’agissait d’émotions assez crûes – et compte tenu du contenu érotique du film –, je me suis rendu compte qu’on ne pouvait pas se permettre de faire appel à des non professionnelles, surtout aussi jeunes. Nous avons alors rencontré Natalie Press qui est autant originaire du Yorkshire que moi de Chine ! Elle est aussitôt sortie du lot. Il y avait chez elle une intériorité, une drôlerie et une profondeur qui m’ont séduit. Elle a en plus un visage extraordinaire et un caractère d’une grande adaptabilité. Elle a fait quelques essais et s’est avérée stupéfiante, constamment imprévisible, imaginative et surprenante. J’ai alors su qu’on avait déniché notre héroïne. On a également mis du temps à trouver l’interprète de Tamsin. En Angleterre, c’est très facile de trouver une jeune fille capable de jouer un personnage issu d’un milieu huppé, mais je recherchais une comédienne pouvant exprimer des sentiments complexes et tortueux tout en
sachant captiver le spectateur. Nous avons auditionné plusieurs jeunes actrices – dont certaines assez célèbres –, mais aucune d’entre elles ne s’est distinguée des autres. Nous avons alors éclusé les écoles privées les plus chics et rencontré des non professionnelles très convaincantes, mais il n’était pas possible d’aller aussi loin que je l’aurais souhaité avec une non professionnelle... En rencontrant Emily Blunt, nous avons été frappés par l’étincelle qui brillait dans ses yeux. Elle avait un regard malicieux qui en disait long et dégageait une énergie, une vivacité et une dimension de tragédienne qui collaient au personnage de Tamsin. Elle jouait parfaitement la fille sûre d’elle, issue d’un milieu huppé car elle connaît elle-même très bien ce milieu. Il fallait ensuite que je m’assure que ces deux comédiennes forment un couple crédible à l’écran. Lorsque je les ai réunies, l’alchimie a pris aussitôt, comme une sorte d’attraction/ répulsion entre elles. Ces deux-là fonctionnaient bien ensemble.

Comment avez-vous travaillé l’alchimie entre les deux comédiennes?

J’ai fini par comprendre qu’il n’y a vraiment pas de recette toute faite en matière de direction d’acteurs. Chaque acteur est unique et requiert une méthode d’approche singulière. Ce qui compte, c’est que je puisse travailler à partir des qualités propres à chacun et qu’ils me fassent confiance.
On me dit souvent que les comédiens sont d’un naturel étonnant dans mes films et que mes personnages sont d’un grand réalisme, mais en toute honnêteté, je ne suis pas à la recherche d’un jeu naturaliste chez mes comédiens. Certes, mieux vaut éviter qu’un acteur ne soit pas dans le bon registre ou qu’une séquence d’exposition ne “plombe” le film – cela va sans dire –, mais ce que j’apprécie chez mes comédiens, c’est qu’ils soient expressifs et inattendus, lorsqu’ils se retrouvent dans des situations pas toujours prévisibles. Quand on parle de “jeu naturaliste”, on entend souvent par là que les comédiens donnent dans l’émotion outrée en hurlant par exemple. Ce genre de naturalisme n’a vraiment rien de sorcier...
En revanche, à force de consacrer du temps aux comédiens et de travailler avec eux en atelier, on sent bien les qualités qu’ils recèlent et dont on peut se servir par la suite. Par exemple, Natalie dégage une intensité dramatique frôlant la névrose que j’ai exploitée dans le film. Comme elle passait son temps à faire des dessins et des gribouillages de visages ou de silhouettes angulaires, je l’ai utilisé pour la scène où son frère l’enferme dans sa chambre. En réfléchissant à ce qu’elle pourrait bien faire dans cette pièce, je me suis dit qu’elle pourrait griffonner quelque chose de révélateur sur le mur, quelque chose qui l’obsède. Nous n’avons pas répété la scène et Natalie a dessiné en temps réel. Je lui ai demandé d’être extrêmement concentrée, calme et tendre – comme si elle était tombée amoureuse de son dessin. Nous avons réglé la lumière pour créer l’atmosphère et avons laissé Natalie dessiner un portrait de Tamsin/Emily à son propre rythme. Elle l’a fait de manière admirable. Avec sa caméra à l’épaule, notre chef opérateur a su s’adapter à son tempo. L’électricité dans l’air était presque palpable. J’en avais des frissons jusque dans le bas de la colonne vertébrale car je savais que c’était une scène d’une grande intensité émotionnelle, alors que nous ne tournions qu’avec une comédienne, son crayon et un mur dans une pièce toute vide. Quant à Emily, je savais qu’elle jouait du violoncelle. Pendant les séances de travail en atelier, je lui ai donc demandé d’en jouer quand elle se trouvait dans sa chambre : Natalie était là au même moment et a pleuré en entendant la musique. Elle était extrêmement émue. J’ai alors demandé à Emily de jouer La Mort du Cygnede Saint-Saëns, un clin d’œil au pub que fréquente Phil qui s’appelle The Swan (Le Cygne). Emily avait déjà tourné quelques séries pour la télévision : elle avait donc un peu d’expérience et se sentait plutôt en confiance. Pour Natalie, en revanche, il s’agissait de son premier film : elle était inexpérimentée et un rien angoissée, mais elle a un talent fou et ne manque pas de ressources – tout comme le personnage de Mona.

Est-ce que Paddy et vous-même avez mené des recherches concernant les “Born Again Christians”?

Oui. La rhétorique des “Born Again Christians” est plutôt répétitive et ne donne pas de très bons dialogues – sauf s’il s’agit de la parodier. Nous avons fait la connaissance de l’un d’eux qui, dans une première vie, avait eu un comportement irrationnel et même commis des crimes
Il a ensuite eu une révélation et a été sauvé par les Chrétiens évangélistes : il est aujourd’hui en paix avec lui-même et s’est montré sympathique et détendu. Il nous a servi de modèle pour Paddy, même si notre personnage est moins serein. Sa conversion est un peu forcée, un peu artificielle. Il n’a pas totalement réussi à sauter le pas et sa foi est encore fragile. Paddy a longuement côtoyé les évangélistes et peut-être même qu’il est devenu “Born Again Christian” à son tour, mais je n’en suis pas sûr. Après tout, il est comédien...

Votre style de mise en scène influe-t-il sur le choix de vos collaborateurs?

J’aime m’entourer de gens ouverts d’esprit et courageux, de gens qui sont non seulement compétents, mais enthousiastes et qui partagent tous le même état d’esprit. Car mon cinéma n’a rien à voir avec un travail industriel où on arrive sur le plateau avec son scénario sous le bras et où chacun connaît d’avance son rôle. Le directeur de la photo, Ryszard Lenczewski, a joué un rôle primordial dans la réalisation du film. C’est un très bon ami avec qui j’ai tourné Transit Palace et nous sommes extrêmement proches. Il connaît son métier sur le bout des doigts, mais il a su conserver un esprit d’enfant, une capacité d’émerveillement et un sens de l’aventure. Sur le tournage, nous avons passé plusieurs soirées à réfléchir ensemble à l’esprit même du projet et pas seulement aux cadrages et aux plans. Il sait que j’ai une approche visuelle des choses et que je suis obnubilé par les paysages et le visage humain, et c’est pour cela que nous aimons travailler ensemble. Ryszard a aussi bien travaillé sur des documentaires que sur des fictions et il a gardé de cette expérience une incroyable capacité d’adaptation à toutes les situations. Il a entièrement confiance en moi et il sait que lorsque je dis qu’il faut y aller, il faut y aller. Il ne perd pas alors de temps à fignoler la lumière, mais il fait de son mieux pour révéler toute la vérité des comédiens. Et s’il nous arrive de nous disputer – nous le faisons en général en polonais –, ce n’est jamais à propos de choses personnelles, mais toujours dans l’intérêt du film. Sur My Summer of Love, je n’ai pas eu recours aux travellings ou aux mouvements de grue. Non seulement pour des raisons de budget, mais surtout cela ne nous semblait pas essentiel. Je tenais à ce que le film reste sobre et dépouillé. Ce qui m’intéressait, c’était surtout l’interaction entre le paysage et le visage, entre ce monde étrange que nous avions créé et l’émotion la plus subjective. Nous nous sommes donc essentiellement concentrés sur des plans larges de paysages – très travaillés, souvent décadrés – et des gros plans de visages humains – émotionnels et subjectifs. Dès qu’on se retrouvait avec un plan complexe pour une scène toute simple, on finissait par s’en passer. Un jour, alors que je regardais dans le viseur, je me suis tourné vers Ryszard et je lui ai dit : “Bon sang, mais ça commence à ressembler à un film hollywoodien.” On a immédiatement éliminé le plan en question. Tanya Seghatchian et Christopher Collins, mes producteurs, savent être à mon écoute et sont suffisamment souples pour me suivre quand je décide de modifier une scène par rapport au scénario. Ils ne perdent jamais confiance en moi. Chris et Tanya sont très complémentaires : Chris garde constamment son sang-froid et possède de vraies qualités d’organisation, tandis que Tanya a une telle énergie et une telle foi dans ce qu’on fait que cela rejaillit positivement sur son entourage. Ils forment un excellent tandem.

Pourquoi avez-vous choisi de tourner dans le Yorkshire occidental?

Je me suis baladé en voiture dans pas mal de coins – surtout là où on aurait pu glaner quelques subventions régionales –, mais je sentais que je reviendrais dans le Yorkshire occidental. J’y avais déjà tourné un film et j’y reviens toujours d’une manière ou d’une autre. J’ai sillonné la région à pied pendant quelques semaines et ai pris des photos de ces paysages vallonnés pour repérer les lieux qui allaient me servir à bâtir mon univers. Je voulais filmer autrement ce paysage en apparence très anglais. Dans la plupart des films réalisés en Grande-Bretagne, les paysages semblent noyés dans des teintes de verts, bruns et gris en raison de la luminosité particulière du pays. Je voulais, quant à moi, une palette de couleurs soutenues – pas de demi teintes – et un paysage dépouillé pour créer un monde un peu étrange, qui ne colle pas forcément à la réalité. C’est un paysage ambigu – un mélange étonnant de décrépitude post-industrielle et de vacuité et de beauté toute simple que l’homme et l’activité industrielle sont en train de gâcher.
C’est une beauté un peu dérangeante, qui correspond à l’esprit du film. On trouve là-bas une forte influence de la religion qui m’a également aidé à imaginer les décors et l’atmosphère : c’est une ambiance particulière qui règne dans cette région coincée entre le Yorkshire et le Lancashire. Il y a quelques siècles, des guerres de religion et des chasses aux sorcières s’y sont déroulées et ont très fortement divisé le monde et les différents systèmes de croyances – ce qui a laissé une empreinte. Le Yorkshire occidental est d’autre part réputé pour être l’une des régions les plus humides et froides de GrandeBretagne. Du coup, c’était plutôt gonflé de vouloir tourner là-bas un film censé se dérouler en été. Mais on a eu de la chance...

Autant on sait à quelle saison se déroule l’intrigue, autant le film est atemporel.

Absolument. Nous avons vraiment cherché à gommer toute référence à la période contemporaine qui ne correspond guère à la passion, à l’imaginaire et aux sentiments dont nous voulions parler. Je vis sans doute en me mentant à moi-même parce que je refuse le monde tel qu’il est aujourd’hui. Nous nous sommes effectivement débarrassés de toute allusion à l’époque actuelle, de ses nuisances sonores, de sa pollution visuelle, de son trop-plein d’informations et de sa musique insipide – certains groupes sont vraiment épouvantables !

Goldfrapp n’est pas de ceux-là... Comment en êtes-vous venu à leur confier la partition du film?

Alors que j’étais en plein montage, quelqu’un m’a fait écouter leur album Felt Mountain et j’ai vraiment aimé. C’était à la fois mélodieux, étonnamment dissonant et dérangeant. Tout comme le film, en fait. J’ai alors écouté un morceau en visionnant une scène montée et je me suis dit qu’on allait dans la bonne direction. Ma rencontre avec le groupe Goldfrapp s’est formidablement bien passée. Notre collaboration a été très étroite. Ils n’ont pas été hautains, ce qui m’a surpris. Par leur attitude, les musiciens connus ont souvent l’air de dire : “Voilà la partition qu’on vous a écrite. C’est à prendre ou à laisser.” Eux, au contraire, ont accepté de se remettre en question et de tenter de nouvelles expériences.

Pour en revenir à la dimension atemporelle du film...

On souhaitait donner le sentiment que le film ne se déroule pas à une époque déterminée. Nous avons choisi les décors et les voitures – deux au total – avec la plus grande attention. Et on a cherché à composer les plans de manière à ce qu’ils soient aussi dépouillés que possible : tout ce qu’on a filmé – qu’il s’agisse d’une colline, d’une maison, d’un cheval, d’un arbre ou d’une voiture – devait avoir l’air atemporel.

Vous disiez que vous aviez tendance à vous mentir à vous-même...

Il faut bien l’admettre : l’Angleterre d’aujourd’hui et le monde moderne en général ne sont pas franchement exaltants. Nous vivons sous le règne de l’économie, qui s’est substituée à tout autre système de croyance, et nos vies semblent façonnées par le diktat de l’image, de l’apparence et de la mode. Comment s’éloigner au maximum de cette réalité au cinéma ? Comment trouver des personnages – et des interprètes – qui ne soient pas contaminés par cette civilisation ? Ce sont là quelques-unes des questions qui m’ont poussé à faire ce film – et à faire du cinéma de manière générale. Je veux que mon regard puisse transcender notre époque, qu’il redécouvre quelque chose d’authentique, et qu’il immortalise des personnages uniques, des personnages qui sont encore animés de désirs. Mon but est de sauvegarder une certaine image de l’humanité, de reconquérir un peu de terrain sur la banalité et le matérialisme qui nous environnent et sur la foi pervertie et misanthrope des extrémistes de tous bords.

Qu’est-ce qui vous a poussé à passer du documentaire à la fiction?

Mon passage à la fiction n’a pas été aussi radical que cela. Dans chaque création cinématographique, il s’agit de créer un monde à travers la photo, le montage et le son. Il s’agit chaque fois de trouver des personnages à part entière et des paysages porteurs de sens. Ce qui m’amuse le plus – pour le documentaire comme pour la fiction –, c’est la phase de recherche. Découvrir des choses sur les autres et sur soi. Entrer dans la peau des personnages pour pouvoir donner alors un sens au film...

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