Rencontre avec Mélanie Laurent
Scénariste, réalisatrice et interprète
Vous réalisez des courts métrages depuis longtemps. Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer au long ?
C’est une continuité, la suite logique d’une démarche personnelle. Cela pourra peut-être surprendre, mais si j’ai voulu faire du cinéma, ce n’était pas en tant qu’actrice, mais d’abord en tant que réalisatrice. Déjà, au bac, j’avais pris l’option cinéma et je réalisais beaucoup de petites choses pour apprendre les bases de la technique. Ensuite, j’ai continué, de plus en plus sérieusement, mais pour moi, les courts métrages étaient d’abord des exercices, des laboratoires d’expérimentation, des occasions de me découvrir et d’approcher tout le travail que la mise en scène représente. Je les faisais surtout pour moi, et même si DE MOINS EN MOINS est allé à Cannes, je n’étais pas d’accord. Lorsque Canal+ m’a proposé de réaliser un court métrage X, j’y ai vu un challenge en abordant le thème à contre- pied, par l’esthétisme. C’était un pas en avant, destiné à être diffusé, sur lequel j’ai pu travailler avec des gens – dont Arnaud Potier, le directeur de la photo. Ce fut un terrain de jeu fantastique pour découvrir ceux avec qui je voulais collaborer, mais je ne perdais pas de vue mon objectif parce qu’à mon sens, en matière de cinéma, le vrai passage à l’acte, c’est le long métrage. Un film est proposé à des spectateurs, des gens risquent de l’argent dessus, on entre dans une autre dimension.
Votre carrière d’actrice marche remarquablement, Vous venez de sortir un album, pourquoi vous lancer dans la réalisation maintenant ?
Même si j’ai l’air d’être un peu partout, je ne confonds pas les choses. La réalisation m’a toujours attirée plus que tout. J’ai commencé à jouer assez tôt pour le cinéma, mais j’ai vite éprouvé un vrai manque artistique. Je sentais que seule la mise en scène pourrait me permettre de m’accomplir pleinement. C’est vers cela que j’allais. Cela devait d’ailleurs tellement transpirer de mon comportement que sur le film JUSQU’À TOI, la réalisatrice Jennifer Devoldère et Arnaud Potier m’ont fait la surprise et le cadeau de me laisser diriger un plan. Ils m’ont juste dit : «Vas-y, lance- toi, c’est ton plan». J’ai trouvé cela très généreux. Cela n’a fait que me conforter. Et puis à un moment, mes amis, une petite voix intérieure, tout s’est mis à me souffler que j’étais peut-être prête. La rencontre avec Bruno Lévy a aussi été déterminante. Il a tout de suite cru au projet, il a compris ce que je souhaitais faire et m’a soutenue. En bon producteur, il m’a fait travailler, il m’a poussée à aller au bout de mes idées.
Votre démarche passait aussi par la création du scénario ?
La réalisation n’est pas une fin en soi. L’idée est avant tout de concrétiser une histoire, quelque chose à raconter au public. J’ai toujours écrit. Entre vingt et vingt-cinq ans, j’ai dû écrire cinq scénarios, mais qui étaient surtout tirés de choses vécues, presque des thérapies. Il fallait cette fois que je passe à autre chose, en construisant une intrigue, des personnages que je ne connaitrais pas. Je suis bien sûr un peu en chacun d’eux puisque je les ai créés, mais si cela me dessine en creux, l’histoire ne parle pas de moi. Je ne connais pas l’univers de l’hôpital, je n’ai ni enfant ni sœur, mon père est très présent et ma mère ne boit pas ! Je me suis efforcée de raconter des vies, des sentiments, en faisant appel à ce qui me touche le plus. L’écriture s’est déroulée sur une assez longue période parce que je tournais beaucoup. Ces coupures étaient une chance dans le processus parce qu’à chaque fois que je reprenais mon script, j’avais du recul et je pouvais me recentrer sur l’essentiel.
Comment avez-vous construit l’histoire de marine, alex et lisa ?
Très tôt, l’idée du coma est venue. Je voulais faire un film sur une personne qui «dort» pendant que ses proches attendent qu’elle se réveille. Que font-ils alors ? Comment vivent-ils ? Chacun réagit, se révèle face à cette absence. Je voulais aussi que ce coma transforme ces proches, alors j’ai imaginé cette relation fusionnelle avec la sœur, cette histoire d’amour, et d’autres choses dont je préfère laisser la surprise aux spectateurs.
En écrivant, je ne réfléchis pas au scénario, je pense déjà au film abouti. Je vois les scènes, j’ai le déroulé complet dans la tête. C’est une approche émotionnelle plus que technique. Je me laisse aussi porter par des idées de mise en scène. Par exemple, je me suis dit que pour l’ouverture du film, j’aimerais bien que la caméra soit portée à l’épaule. En fonction de ce ressenti, je dose, j’organise, je cuisine mes ingrédients avec l’idée d’un goût que je souhaite proposer.
J’ai commencé par écrire seule, à la main, dans des cahiers. J’ai écrit quasiment tout le séquencier. J’ai ensuite travaillé l’écriture avec Morgan Perez, puis avec Chris Deslandes pour les dialogues. J’aurais pu écrire seule mais pour moi, le plaisir de travailler en équipe est aussi important que le résultat. J’adore ces séances de travail, ces échanges. Morgan et Chris sont des amis et peuvent me parler franchement. Si une idée ou une réplique n’est pas aboutie, on retravaille. Ils respectent mon histoire et ce que je souhaite faire passer, mais si je débarque avec trop d’idées parce que j’ai réfléchi toute la nuit, Morgan peut me canaliser. C’est plus agréable humainement et c’est aussi plus efficace professionnellement. Morgan a ensuite joué le pote d’Alex et lorsque je jouais, c’est lui qui me dirigeait. On voit aussi Chris dans le rôle du client de la librairie un peu lourd devant qui Marine a un fou rire.