"Te doy mis ojos": nouvelle acquisition de Indie Circle.

SAINT-SEBASTIEN (Espagne), 25 sept (AFP) - Le douloureux sujet des femmes battues en Espagne a été abordé au festival du film de Saint-Sébastien avec la projection du film "Te doy mis ojos" (Je te donne mes yeux) de la jeune réalisatrice madrilène Iciar Bollain.
Présenté mercredi en compétition officielle et vivement applaudi par les festivaliers, ce long-métrage traite de la violence conjugale, déjà à l'origine de la mort de plus de cinquante femmes cette année en Espagne, à travers le destin de Pilar, une jeune femme mariée depuis neuf ans à Antonio, qui la brutalise régulièrement.
Exténuée par ces actes de violence qui l'ont plusieurs fois conduite à l'hôpital, Pilar, sans-emploi, décide de fuir par une froide nuit d'hiver avec son fils, Juan, et se réfugie chez sa soeur, habitant comme elle Tolède (Espagne).
Pilar se trouve vite plongée dans un cercle infernal. A fleur de peau, elle est tiraillée entre son désir d'échapper à cette violence et un mari souhaitant la reconquérir en promettant de changer. Il accepte même de suivre une thérapie de groupe qui va l'aider à ouvrir les yeux sur ses problèmes de jalousie notamment.
" A travers ce film, j'ai voulu essayer de comprendre ce qui peut conduire une femme à rester cinq à dix ans aux côtés d'un mari qui la brutalise, mais également ce qui peut conduire un homme à battre sa femme", a expliqué au cours d'une conférence de presse Iciar Bollain, dont c'est le troisième long-métrage.
La réalisatrice, également actrice ("Land and freedom" du réalisateur britannique Ken Loach) a choisi de "suggérer plutôt que de montrer la violence car je pense que cela suffit". Tout au long du film, la violence est latente et transparaît notamment à travers le regard angoissé de Pilar, interprétée avec brio par la comédienne Laia Marull.
De son côté, l'Espagnol Luis Tocar réalise également une performance d'acteur, ses yeux laissent percevoir un homme imprévisible, qui ne peut pas se maîtriser, basculant à tout moment vers la brutalité.
Pour les besoins du film, Laia Marull et la réalisatrice ont lu beaucoup de livres sur la question et ont rencontré des femmes battues dans le cadre d'une association basée à Tolède "afin de comprendre l'enfer qu'elles vivent".
" Te doy mis ojos" est une oeuvre intense ne tombant cependant jamais dans le misérabilisme. Des scènes d'humour, toujours bien senties, permettent même de rire d'un sujet aussi dramatique. "Cela se passe également comme cela dans la réalité, a souligné la réalisatrice, les femmes battues que nous avons rencontrées au sein de l'association passent constamment du rire aux larmes".
L'entourage familial de Pilar joue aussi un rôle essentiel. Sa mère, qui fait mine de ne rien voir, une soeur émancipée qui ne la comprend pas et un fils qui ferme les yeux. Mais Pilar, au cours des deux heures du film, va finir par devenir plus forte.



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